Sylloge de Nikolaus Schindel:

Pièces de cuivre de l'Islam primitif

Il existe différentes façons de pratiquer la numismatique scientifique. Les volumes de syllogues comptent parmi les plus anciennes. L’idée qui les sous-tend est de mettre à la disposition de la recherche des documents lui permettant de poursuivre ses travaux. Les volumes de syllogues ont notamment constitué un outil essentiel dans le domaine des monnaies grecques. Ils fournissaient les données nécessaires à l’étude des poinçons. Malheureusement, de nos jours, de moins en moins de numismates se consacrent à l’élaboration de catalogues détaillés de matrices et de types. La publication de pièces trouvées dans des fouilles donne en effet des résultats plus rapides. De plus, Internet, avec ses images numériques et ses identifications, a relégué l’idée de la « Sylloge » au second plan.

Il faut donc voir comme un choix délibéré le fait que Nikolaus Schindler emprunte une autre voie. Il aurait très bien pu qualifier son ouvrage de simple monographie. En effet, il y rassemble non seulement près de 1 500 pièces de bronze du début de l’islam, frappées après la réforme de 77 AH (= 696/7 après J.-C.), mais il propose également, sur plus de 150 pages, une analyse scientifique. Néanmoins, avec son ouvrage, l’auteur ajoute à la série « Sylloge Numorum Arabicorum Tübingen », initiée par Lutz Ilisch, le premier volume de sa « Sylloge Nummorum Arabicorum Österreich ». (Et oui, la différence d’orthographe est bien intentionnelle !)

Nikolaus Schindel met ainsi à la disposition de tous ses collègues le matériel leur permettant de vérifier ses thèses, voire de les réfuter. C’est remarquable.

Pourquoi les monnaies islamiques sont-elles si importantes pour la recherche?

Je sais, je ne suis pas une spécialiste des monnaies islamiques. C’est pourquoi je demande d’avance pardon à tous les passionnés et connaisseurs de ce sujet si je commets une erreur de fond. Comme je vous connais, vous ne tarderez pas à me corriger. Il me semble en tout cas que ce qui rend les monnaies islamiques si incroyablement passionnantes pour la recherche historique, ce sont leurs inscriptions qui, outre l’année et l’atelier de frappe, mentionnent systématiquement la plus haute autorité gouvernementale. Pour une époque sur laquelle il n’existe pratiquement aucune source historique, ces inscriptions sur les monnaies sont une véritable aubaine. Peu importe qu’une pièce vienne tout juste d’une fouille, qu’elle ait été découverte dans un trésor archéologique ou qu’elle figure dans un catalogue de vente aux enchères : grâce à son inscription, elle continue de nous parler des siècles plus tard et nous aide à comprendre quelle autorité une ville reconnaissait au cours d’une année donnée, et à quel moment cette ville a changé d’allégeance politique.

C’est pourquoi les pièces de monnaie revêtent une importance capitale pour les historiens spécialisés dans le Proche-Orient, dans la reconstitution de l’histoire. Et comme nous l’avons dit, toutes les pièces ont la même importance, y compris et surtout celles issues de collections privées. C’est ainsi que le premier volume de la Sylloge Nummorum Arabicorum d’Autriche rassemble exclusivement des pièces provenant de collections privées, qui sont ainsi rendues accessibles pour la première fois à un large public scientifique.

L’année 77 de l’Hégire (= 696/7)

L’époque étudiée par Nikolaus Schindel couvre, d’un point de vue chronologique, le règne des Omeyyades, bien que certaines pièces datent des débuts de la dynastie abbasside, au milieu du VIIIe siècle. Tout commence par la réforme monétaire du souverain omeyyade Abd al-Malik, que les non-numismates connaissent surtout pour avoir fait construire le Dôme du Rocher à Jérusalem. Abd al-Malik rétablit l’unité du califat omeyyade ; sa réforme monétaire de 77 AH (= 696/7) visait à renforcer les liens économiques entre les territoires qu’il avait reconquis. Elle introduisit le dinar en or et le dirham en argent et créa une iconographie profondément ancrée dans la culture islamique, y compris pour les pièces en bronze. C’est ainsi que prit fin cette époque passionnante de la numismatique islamique, durant laquelle furent frappées des pièces d’or s’inspirant des modèles byzantins.

Alors que les dinars et les dirhams sont relativement bien étudiés, personne ne s’est plus intéressé depuis longtemps aux pièces de bronze, plus discrètes. John Walker fut le dernier à le faire, lorsqu’il publia en 1956 le catalogue de la collection du British Museum. Depuis lors, une multitude de nouveaux types ont fait leur apparition, que Nikolaus Schindel rend désormais accessibles.

De nombreuses questions et quelques réponses

Comme je l’ai déjà laissé entendre plus haut, l’auteur ne se contente pas de présenter le matériel. Il fournit un commentaire de 160 pages sur ce matériel, qui aborde de nombreuses questions soulevées par les pièces et y apporte en partie des réponses.

Je ne vais certainement pas tenter ici de résumer ces résultats. Mais je tiens à exprimer mon admiration pour le caractère vivant et collégial que revêt, à mes yeux, le débat dans le domaine de la numismatique islamique. La critique des thèses d’autres chercheurs ne devient pas une question de foi, mais un échange d’arguments.

Si ce domaine de la numismatique vous intéresse, ce volume de la collection « Sylloge » – qui est bien plus qu’un simple volume de la collection « Sylloge » – vous apportera de nouveaux éclairages.

Des photos exceptionnelles!

Pour la grande majorité de ceux qui achètent ce livre principalement pour identifier des pièces : ce qui m’impressionne le plus, c’est la qualité des photos. Soyons d’accord : photographier des pièces en bronze n’est jamais facile. Dans cet ouvrage, même les plus petites pièces, parfois très usées, sont reproduites avec un grand souci du détail et un contraste remarquable.

Le catalogue est organisé par zone géographique et s’adresse à des utilisateurs expérimentés. Ne traitant que des collections privées autrichiennes, il n’est certes pas exhaustif, mais peut tout à fait servir d’ouvrage de référence en raison du grand nombre d’exemples qu’il contient. En d’autres termes : tous ceux qui souhaitent décrire scientifiquement et correctement les pièces islamiques doivent se procurer cet ouvrage.

Vous pouvez vous le procurer auprès des éditions Phoibos au prix de 44 euros + frais de port.

Dernière minute : je viens d’apprendre que cette publication a été récompensée par la vénérable Royal Numismatic Society, qui lui a décerné le prix Samir Shamma. Toutes nos félicitations de la part de MünzenWoche !

 

Texte et images: Ursula Kampmann

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