Les monnaies de Gaza à l'époque romaine
Aucune catégorie de monnaies ne permet de mieux comprendre la culture locale des centres antiques que les frappes urbaines datant de l’Empire romain. Elles révèlent les fiertés de l’élite, témoignent de la vie religieuse, de l’organisation politique et du paysage urbain. Cependant, les « Roman Provincials », comme on aime à les appeler, constituent un sujet aride.
Il faut posséder de solides connaissances et avoir étudié de nombreuses sources pour en saisir le message. Yoav Farhi a accompli ce travail pour Gaza et nous a offert un nouveau corpus typologique des frappes romaines. C’est un enrichissement pour la numismatique et un ouvrage incontournable pour toute bibliothèque spécialisée.
Gaza sous les Romains
Aujourd’hui, nul n’a besoin d’expliquer où se trouve la ville de Gaza. Dans l’Antiquité, une importante route commerciale passait par là, reliant les centres syriens aux centres égyptiens. Depuis le port de la ville, les produits de luxe de l’Arabie du Sud étaient expédiés vers la Méditerranée. Les habitants de Gaza s’en sont ainsi enrichis, et la ville est devenue puissante. Hérodote mentionne que, de son temps, Gaza était aussi grande que la métropole lydienne de Sardes. En d’autres termes : Gaza était un centre commercial important, convoité par toutes les grandes puissances.
Alexandre le Grand vint, puis les Diadoques, sans oublier la dynastie des Hasmonéens ; tous conquirent Gaza et en tirèrent profit. En 61 av. J.-C., Pompée réorganisa l’ordre des choses en Orient et déclara Gaza « ville libre » au sein de la province romaine de Syrie. Les habitants de Gaza ont peut-être perçu cela comme une sorte de nouveau départ ; en tout cas, ils ont instauré leur propre épochique, qui commence en 61 av. J.-C.
Même si, par la suite, les autorités ont parfois changé et que la ville n’a pas été épargnée par les conflits armés, ce sont désormais les Romains qui ont déterminé son destin. Les habitants de Gaza conservèrent toutefois la possibilité de régler eux-mêmes leurs affaires internes.
Le catalogue des monnaies de Gaza
C’est ce dont témoignent les monnaies que l’auteur présente après son introduction historique, qui est bien sûr beaucoup plus détaillée que ce que je vous ai rapporté ici. Yoav Farhi présente un catalogue typologique de la frappe municipale, y compris les tétradrachmes d’argent frappés à Gaza sous les Sévères et Macrin. Pour ce faire, il a examiné 4 494 pièces, qu’il classe en 318 types de pièces comportant d’innombrables variantes. 834 pièces sont illustrées.
Le classement s’effectue par souverains romains. L’auteur consacre un chapitre distinct à chaque souverain sous le règne duquel des pièces ont été frappées – et non à tous ceux sous lesquels des pièces ont été émises ! –, y répertorie les différents types de pièces et les date. Ceux qui souhaitent simplement identifier leurs pièces le plus rapidement possible ne seront pas satisfaits de cet ouvrage composé de planches éparpillées. Il faut feuilleter pour trouver la bonne page. En revanche, ceux qui s’intéressent au contexte sauront apprécier cette forme de présentation.
En tout cas, la qualité des illustrations est impressionnante. Quiconque s’intéresse aux « Roman Provincials » sait à quel point il est parfois difficile de trouver un exemplaire sur lequel l’image soit clairement reconnaissable dans son intégralité.
Yoav Farhi a réussi non seulement à trouver des pièces relativement bien conservées, mais aussi à en réaliser de bonnes photographies. L’imprimeur a fait le reste, de sorte que l’utilisateur n’aura enfin aucune difficulté à identifier ses pièces à l’aide des images.
L’analyse
L’analyse s’étend sur près de 120 pages. Elle constitue le cœur de l’ouvrage et l’auteur a rassemblé de nombreuses sources différentes pour interpréter les représentations numismatiques. Il passe systématiquement en revue l’ensemble du panthéon de la ville visible sur les pièces, en recherchant des sources littéraires, épigraphiques et archéologiques. Il reconstitue ainsi l’origine, la signification et l’apparence du dieu.
Un bon exemple est ce dieu muni d’une massue, que l’on serait immédiatement et instinctivement tenté d’identifier comme Héraclès ; cependant, certains chercheurs modernes estiment, sur la base d’une note de Stéphane de Byzance, qu’il s’agit, dans le cas de Gaza, d’Azon, un fils d’Héraclès et éponyme de (G)aza. Yoav Farhi réfute cette thèse en constatant qu’il n’existe aucun culte dédié à Azon (ni d’ailleurs à Héraclès). Il estime qu’il s’agit d’une invention ultérieure d’un écrivain créatif. Azon ne serait pas le seul héros éponyme inventé après la Renaissance grecque sous Hadrien.
Bien entendu, Yoav Farhi s’intéresse également à la circulation des monnaies de Gaza. Il s’appuie pour cela sur les hoards et les trouvailles isolées, ainsi que sur la réutilisation des monnaies de Gaza comme ébauches pour la frappe de Bar Kokhba.
Une bibliographie détaillée ainsi que plusieurs index complètent l’ouvrage et en facilitent l’utilisation.
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Texte et images: Ursula Kampmann
