Qu'est-ce qu'un Jefimok ?

Un Jefimok — pluriel : Jefimiki — est une pièce d’un taler qui a été déclarée ayant cours légal par les autorités russes grâce à l’apposition d’une contre-marque ou d’un contre-tampon, afin de pouvoir circuler en Russie.

D’où vient le terme « Jefimok » ?

Ce terme russe est une adaptation phonétique du nom tchèque de l’un des plus importants centres de production de thalers. Jáchymov (abréviation de Joachimsthal) est devenu Jefimok. Comme en témoignent les récits de voyage, ce terme remonte au XVIIe siècle.

Que signifie « Jefimok » ?

Alors qu’en Russie, le terme « Jefimok » désignait autrefois toute pièce d’Europe occidentale dont le poids et le titre correspondaient à ceux du thaler, les numismates l’utilisent aujourd’hui exclusivement pour désigner les thalers sur lesquels ont été apposées deux contre-marques sous le règne du tsar Alexeï Mikhaïlovitch, en 1754 et 1755. Grâce à ces deux contre-marques ou contre-estampes, les thalers étrangers pouvaient circuler assez largement dans tout le pays à une valeur de 64 kopecks.

Russie. Alexis Mikhaïlovitch, 1645-1676. Yefimok de 1655, surfrappé sur un thaler de Nuremberg de 1628. Extrêmement rare. Très beau. Estimation : 3 500 euros. Provenant de la vente aux enchères n° 92 de Heidelberger Münzhandlung (12-13 mai 2026), lot 323. Photo : Lübke & Wiedemann

Le motif de la contre-marque ronde correspond à celui utilisé pour les kopecks. Il représente un cavalier armé d’une lance terrassant un dragon. La question de savoir si ce cavalier représente saint Georges ou le tsar est sans importance. Car l’intention était précisément d’établir un lien étroit entre le souverain russe et le saint patron du pays. Au-dessus de la tête du cavalier figure généralement un cachet rectangulaire portant le chiffre de l’année 1655.

Le contexte historique des Jefimki

Aujourd’hui, la Russie est le septième producteur mondial d’argent grâce à ses ressources minérales sibériennes. La situation était différente sous Alexeï Mikhaïlovitch. C’est Pierre le Grand qui a été le premier à se lancer dans la recherche systématique d’argent dans les montagnes de Donetsk et de l’Altaï. Avant lui, le pays dépendait des importations d’argent en provenance d’Europe occidentale. Celui-ci entrait principalement sous forme de thalers, en paiement de fourrures, de cire et de bois. Un étranger recevait l’équivalent de 36 à 36,5 kopecks d’argent pour son thaler.

En 1654, la guerre russo-polonaise éclata et vida le trésor public, déjà épuisé, à un rythme effréné. Il fallait trouver des mesures créatives pour créer de la monnaie. Au départ, il fut décidé de frapper les kopecks en cuivre plutôt qu’en argent. Théoriquement, les kopecks en cuivre et en argent avaient la même valeur. Cependant, l’État payait en cuivre et percevait les impôts en argent.

Les yefimkas firent leur apparition en tant que nouvelle pièce de grande valeur. Au départ, les autorités russes tentèrent de surfrapper les thalers avec leurs propres matrices. Lorsque cela s’avéra trop coûteux et trop long, elles passèrent en 1655 à la simple application de deux contre-marques ou contre-tampons, ce qui donna soudainement à un thaler une valeur de 64 kopecks. Une bonne affaire pour le trésor public !

La révolte des mineurs de cuivre de Moscou. Une peinture historique d'Ernest Lissner datant de 1938.

Les jefimki furent retirés de la circulation dès 1659. À cette époque, les nouveaux kopecks de cuivre avaient déjà perdu énormément de leur valeur. Les changeurs demandaient entre 6 et 8 kopecks de cuivre pour un seul kopeck d’argent. En 1662, l’inflation avait atteint un tel niveau et causé tant de famine et de misère parmi la population urbaine qu’une insurrection éclata. Des tracts attestent que les citoyens comprenaient clairement que c’était l’État, par ses manipulations monétaires, qui avait causé leur misère. Dans ces tracts, des politiciens de haut rang et des dirigeants sont accusés de contrefaçon.
Les historiens ultérieurs ont baptisé cette insurrection « le soulèvement du cuivre » — медный бунт. Ce terme est devenu un expression courante en Russie, utilisé pour décrire toute crise monétaire, inflation ou dévaluation, que des pièces de cuivre soient en jeu ou non.

Russie. Alexis Mikhaïlovitch, 1645-1676. Yefimok de 1655, surfrappé sur un thaler d'Utrecht de 1653. Très rare. Très beau. Estimation : 2 200 euros. Provenant de la vente aux enchères n° 92 de la Heidelberger Münzhandlung (12-13 mai 2026), lot 322. Photo : Lübke & Wiedemann.

Quelle est la valeur d’un Jefimok aujourd’hui ?

Bien sûr, il n’existe pas de réponse universelle à une question aussi vaste. Examinons donc deux exemples concrets. L’image de couverture est tirée de la prochaine vente aux enchères organisée par Heidelberger Münzhandlung. Celle-ci se tiendra les 12 et 13 mai 2026 et proposera une belle série de raretés russes, dont deux Jefimoks.

Le Jefimok présenté ci-dessus sur un thaler de Nuremberg datant de 1628 est estimé à 3 500 euros. Le Jefimok présenté ici sur un thaler d’Utrecht est proposé à partir de 2 200 euros. Il faudra attendre de voir ce que le marché est prêt à payer pour ces deux pièces.

Texte d’Ursula Kampmann

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