Quintus Labienus:

Traître ou sauveur raté de la République ?

Nous savons peu de choses sur Quintus Labienus, alors même que sa vie aurait dû captiver l’imagination de nombreux auteurs. Il était le fils de l’un des plus proches collaborateurs de César, et donc le fils d’un homme qui avait sciemment pris le parti de la République lors de la guerre civile ; lui-même était un confident proche de Brutus et de Cassius, qui l’avaient envoyé en mission auprès des Parthes pour obtenir de l’aide ; puis, laissé seul dans l’Empire parthe après leur mort, il réapparut deux ans plus tard à la tête d’une armée en Asie Mineure : qui était donc ce Quintus Labienus ? Que voulait-il ? Conquérir l’Empire parthe ? Établir un royaume client en Asie Mineure ? Sauver la République romaine ? Et que nous révèlent ses pièces de monnaie ?

Dans cet article, nous présentons un aureus extrêmement rare de Labienus, dont il n’existe que cinq exemplaires. Il sera mis aux enchères par Numismatica Genevensis SA le 16 novembre 2026. Elle provient de la collection du baron Lorne Thyssen-Bornemisza, et sa provenance remonte à 1970, date à laquelle elle a été vendue par Münzen & Medaillen AG. À l’époque, Pierre Strauss écrivait : « Cet aureus, l’exemplaire le plus connu, est l’un des plus rares de l’époque de la République romaine ; ce type n’a jamais été mis aux enchères publiquement auparavant. »

Que peut-on voir sur l’aureus de Quintus Labienus ?

L’avers de l’aureus présente un portrait réaliste du jeune Quintus Labienus, tourné vers la droite. L’inscription se lit : Q LABIENVS PARTHICVS IMP. Elle est ambiguë. Quintus Labienus et Imperator sont clairs, mais que signifie « PARTHICVS » ? Il existe trois traductions possibles :

  • Labienus se qualifie lui-même de « vainqueur des Parthes », bien qu’il n’ait pas remporté de victoire sur eux.
  • Labienus se désigne comme « le Parthien », ce qui est difficilement concevable compte tenu de la perception que les Romains avaient d’eux-mêmes.
  • Labienus souhaite exprimer qu’il est un ami et un allié des Parthes ; cependant, la formulation grammaticale est maladroite.
Quintus Labienus. Aureus, 40-39 av. J.-C., atelier de frappe en Asie Mineure. Issu de la collection du baron Lorne Thyssen-Bornemisza, et notamment de Münzen & Medaillen AG 43 (12-13 novembre 1970), n° 242. Pièce d’une rareté exceptionnelle, dont il n’existe apparemment que cinq exemplaires connus. Frappé en haut-relief sur un flan entier, il présente un magnifique portrait. Très bon état. Prix de départ : 500 000 CHF. Provenant de la vente aux enchères Numismatica Genevensis SA 25 (16 novembre 2026), n° 65.

Le revers représente un cheval sellé à la manière parthe. On remarque en particulier le long gorythos qui pend de la selle. Le gorythos, un étui destiné à contenir arcs et flèches, faisait partie de l’armement typique des cavaliers parthes.

Bien que cette plaque ait été réalisée près d’un demi-millénaire après la pièce, le carquois du roi sassanide est fixé à la selle exactement de la même manière que sur l’aureus présenté ici. Metropolitan Museum / New York. Photo : UK.

Qui était Quintus Labienus ?

Quintus Labienus est né à une date inconnue ; il était le fils de Titus Labienus, dont la naissance est estimée vers 100 av. J.-C. En supposant que les hommes romains se mariaient généralement vers la fin de la vingtaine, Quintus Labienus aurait pu naître à partir de 70 av. J.-C. environ. Cependant, cette date repose sur plusieurs hypothèses et n’est donc pas fiable.

Buste de Quintus Labienus. Crémone, Museo Civico. Photo : sailko / cc-by-sa 3.0.

Le père de Quintus Labienus est mentionné dans de nombreuses sources antiques. C’était un membre très important de l’état-major de César, chargé notamment de la victoire sur les Trévires et d’une campagne contre Lutèce (l’actuel Paris). Cependant, après la décision de César de déclencher la guerre civile en franchissant le Rubicon en 49 av. J.-C., Labienus prit le parti des partisans de l’ancienne République. Il sacrifia sa vie lors de la bataille de Munda en 45 av. J.-C.

Le destin de Quintus fut scellé par la décision de son père. Lui aussi prit le parti de Brutus et de Cassius, les assassins de César. À la fin de l’année 43 ou au début de l’année 42 av. J.-C., ceux-ci l’envoyèrent auprès du roi Orodès II, qui régnait sur les Parthes depuis 58/7 av. J.-C. La mission de Quintus consistait à persuader Orodès de conclure une alliance et, par là même, de mobiliser de nouvelles ressources. Labienus devait être à cette époque un homme jeune mais entreprenant, possédant déjà une certaine expérience militaire. Car lorsqu’il apprit la défaite de ses commandants à Philippes, il décida d’agir de son propre chef. C’est lui-même qui conclut alors l’alliance avec Orodès. Dans quel but ? Nous ne le saurons probablement jamais.

Parisii. Statère en or, vers 150-50 av. J.-C. Une pièce exceptionnelle dotée d’une excellente provenance, provenant notamment de Bourgey (27-28 octobre 1913), n° 251. Très beau. Prix de départ : 75 000 CHF. Tiré du catalogue Numismatica Genevensis SA 26 (16 et 17 novembre 2026), n° 111.

Pourquoi Labienus a-t-il frappé des pièces ?

À la fin de l’année 41 / au début de l’année 40 av. J.-C., une armée parthe traversa l’Euphrate. Elle était dirigée par un commandement conjoint parthe-romain : le prince héritier parthe Pacorus collaborait avec le Romain Quintus Labienus. Ils marchèrent sur un pays complètement ravagé par la guerre civile.

Marc Antoine, qui commandait la province, se trouvait en quartiers d’hiver en Égypte avec ses troupes. La garnison de la province d’Asie Mineure était composée en grande partie d’anciens partisans de Brutus et de Cassius. Les rallier à la cause parthe était peut-être la mission de Quintus Labienus. Pour cela, il avait besoin de pièces de monnaie, car il était d’usage de verser une prime d’engagement aux soldats nouvellement enrôlés.

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre les pièces frappées par Quintus Labienus. Elles s’adressaient à un public romain composé principalement de soldats. C’est pourquoi l’avers de la pièce représente Labienus tel que les légionnaires avaient pris l’habitude de le voir : avec un portrait réaliste et le titre d’Imperator. Le revers fait référence à ses alliés, les Parthes. C’est également dans ce contexte que l’on peut comprendre l’inscription « Parthicus ». Elle le caractérise non pas comme un vainqueur des Parthes, mais comme leur allié. Cette interprétation n’était pas aussi étrange pour ses contemporains qu’elle l’est pour nous. Bien qu’il y eût déjà, de temps à autre, des noms de vainqueurs dans la République romaine – par exemple, Scipion se fit appeler Scipion l’Africain après sa victoire sur Hannibal –, ceux-ci n’étaient en aucun cas aussi systématiques qu’ils le deviendraient plus tard à l’époque impériale.

Quintus Labienus. Denier, 40-39 av. J.-C., atelier situé en Asie Mineure. NGC Ch AU 5/5 4/5. Une pièce très rare de la fin de la République romaine. En très bel état. Prix de départ : 100 000 CHF. Tirée de Numismatica Genevensis SA 26 (16 et 17 novembre 2026), n° 191.

Comment la campagne de Quintus Labienus s’est-elle terminée ?

Pacorus et Labienus convinrent de mener des campagnes séparées. Pacorus se dirigea vers l’est, tandis que Labienus marcha sur la Cilicie. Au début, il y fit de bons progrès. De nombreuses villes se soumirent à lui, et beaucoup de soldats firent défection. Cependant, en 39 av. J.-C., une armée de Marc Antoine arriva et anéantit les troupes de Labienus la même année. Le jeune Romain trouva la mort alors qu’il tentait de s’enfuir. Pacorus tint bon un peu plus longtemps. Il périt en 38 av. J.-C. lors de la bataille du mont Gindarus. On ignore quel lien il y a entre l’assassinat de son père, Orodès II, et l’échec de la campagne.

 

Quelle est la valeur de l’aureus de Labienus ?

Lorsque la maison de vente aux enchères Münzen und Medaillen a mis aux enchères l’aureus de Labienus en novembre 1970, celui-ci a atteint le prix, incroyable pour l’époque, de 75 000 francs suisses. À titre de comparaison, un aureus de Pertinax en parfait état de frappe s’est vendu 22 000 francs suisses lors de la même vente, et un aureus de Faustine l’Aînée, également en parfait état de frappe, 4 650 francs suisses. Et n’oublions pas : à l’époque, un bien immobilier résidentiel à Zurich coûtait entre 1 500 et 3 500 francs le mètre carré. Aujourd’hui, il faudrait débourser entre 18 000 et 20 000 francs le mètre carré pour le même bien. Et ce calcul ne tient même pas compte de la forte appréciation du franc suisse. En 1970, un dollar valait environ 4,3 francs suisses !

Jetons également un œil aux résultats de Coin Archive : le dernier aureus de Labienus a été mis aux enchères en janvier 2023. Il provenait de la collection Tareq Hani et avait été classé par NGC « Choice AU* 5/5 2/5 » (graffiti, trace de ponçage). La pièce a atteint la somme impressionnante de 775 000 dollars. L’Aureus proposé par Numismatica Genevensis SA devrait atteindre un prix plus élevé ; après tout, il est mieux conservé et bénéficie d’une meilleure provenance.

La pièce présentée ici a été vendue pour la dernière fois par NAC en 2013, où elle s’était vendue à 800’000 francs suisses. Nous sommes très impatients de voir quel prix elle atteindra quelque 13 ans plus tard, compte tenu de sa provenance exceptionnelle.

Nous vous tiendrons au courant !

 

 

Texte et images: Ursula Kampmann

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